
Bienvenue dans la « Ligue des Champions »
Cet article est le septième volet de notre série, « Scènes de Vente : le guide stratégique des lieux de diffusion pour l’artiste ».
P.S : oui bon je sais il y en a un certain nombre qui ne sont pas trop foot mais le titre Ligue des Champions m’a fait sourire. C’est tout pour le P.S (post scriptum bien sûr hein, le parti socialiste c’est un autre sujet) !
Dans l’épisode précédent (6/10), nous avons vu comment entrer en galerie. C’était l’étape indispensable. Pourquoi ? Parce que la scène que nous abordons aujourd’hui est, sauf très rarissime exception, interdite aux artistes indépendants.
Nous parlons ici des foires internationales d’art contemporain. Art Basel (Bâle, Miami, Paris, Hong Kong), Frieze (Londres, NY), The Armory Show, ARCO…
Attention à ne pas confondre ces événements avec les « salons » que nous avons traités dans l’article 5.
- Un salon (type Art3f, Sm’art…) loue des stands à des artistes pour qu’ils vendent en direct. C’est du marché de proximité.
- Une foire internationale sélectionne des galeries (et non des artistes) qui présentent leurs « poulains ». C’est le marché de la légitimation mondiale.
C’est un monde brutal, rapide, et incroyablement coûteux. Pour une galerie, participer à Art Basel peut coûter entre 50 000 et 100 000 euros (stand, transport, assurances, staff) pour 4 jours d’exposition. La pression de rentabilité y est maximale. Y exposer des artistes a donc un coût pour la galerie. Représenter un artiste a donc… Un coût financier certain.
Pour l’artiste, comprendre ce mécanisme est vital. Car même si vous ne payez pas le stand, c’est votre carrière qui est sur la sellette. Être montré en foire est un accélérateur de cote fulgurant ; y échouer peut refroidir une galerie pour longtemps.
Cet article vous explique les règles de ce jeu à haute altitude : pourquoi c’est le terrain de chasse des collectionneurs « gardiens du temple »(cf. notre série Cartographie de l’acheteur d’art 2025 », article 2), comment une galerie choisit qui elle emmène, et quelle doit être votre posture si vous avez la chance d’être « du voyage ».
Pourquoi les foires sont le cœur battant du marché (et non plus les galeries)
Il y a trente ans, les collectionneurs faisaient le tour des galeries le samedi après-midi. C’est fini. Aujourd’hui, le temps est la ressource la plus rare. Les grands collectionneurs, les conservateurs de musées et les conseillers en art veulent voir le monde entier en trois jours.
C’est la fonction de la foire : une concentration extrême de l’offre et de la demande.
- Pour le collectionneur : c’est l’efficacité. En 48 heures, il voit ce qui se fait de mieux à Tokyo, Berlin, New York et Paris.
- Pour la galerie : c’est la survie mais aussi la pssibilité de consécration. De nombreuses galeries réalisent désormais 60% à 80% de leur chiffre d’affaires annuel lors des foires, et non plus dans leur boutique physique.
- Pour l’artiste : c’est la validation. Être accroché sur un stand à Art Basel Paris, c’est voir son œuvre exposée aux yeux des personnes les plus influentes du monde de l’art. Une vente faite ici a dix fois plus de poids symbolique qu’une vente faite à l’atelier. Elle entre dans les radars.
La sélection : pourquoi vous ne pouvez pas postuler (et comment être choisi)
C’est la question classique : « comment je réserve un stand à la FIAC ? ». Réponse : vous ne pouvez pas. Ce sont des événements B2B (Business to Business). Les comités de sélection des foires sont impitoyables. Ils jugent la qualité de la galerie, sa programmation, et la pertinence des artistes proposés.
Pour être exposé en foire, vous devez donc d’abord :
- Être représenté par une galerie (voir article 6/10).
- Être représenté par une galerie qui a les reins assez solides pour être sélectionnée et payer le stand.
- Convaincre votre galeriste que vous êtes le bon cheval pour cette foire précise.
Le dilemme du galeriste : le « Solo Show » ou le « Group Show » ? Le galeriste a un espace limité et très cher. Il a deux stratégies :
- Le Group Show : il amène une ou deux pièces de ses 5 artistes phares. C’est moins risqué, mais moins impactant visuellement.
- Le Solo Show (ou Duo) : il parie tout sur un seul artiste (vous). Il transforme le stand en une mini-exposition personnelle. C’est un risque énorme pour la galerie. S’il le fait pour vous, c’est une marque de confiance absolue. C’est souvent ce type de présentation (dans des secteurs dédiés comme « Emerging » ou « Positions » à Art Basel) qui lance une carrière internationale et attire les prix de la critique.
Le rôle de l’artiste pendant la foire : star ou fantôme ?
Vous êtes sélectionné. Vos œuvres sont emballées et partent pour Miami ou Londres. Devez-vous y aller ?
C’est un sujet de débat.
- L’école ancienne : « l’artiste ne doit pas être là ». L’idée est que la présence de l’artiste gêne la transaction. Le collectionneur peut être mal à l’aise de parler argent ou de critiquer l’œuvre devant son créateur. De plus, voir l’artiste « traîner » sur le stand peut faire désespéré.
- L’école moderne : « l’artiste est un atout ». Dans un marché saturé, la rencontre humaine fait la différence. Si vous êtes capable de parler de votre travail avec passion mais détachement, sans interférer dans la négoce commerciale, votre présence lors du vernissage (et seulement le vernissage) est un atout majeur.
Votre « To-Do List » si vous allez sur la foire :
- Soyez présentable mais authentique : vous incarnez votre image mais celle, en partie de la galerie.
- Ne vendez jamais : si quelqu’un vous demande le prix, la réponse est unique, passez la main à votre galeriste.
- Soyez l’ambassadeur : parlez du « pourquoi » de l’œuvre. Racontez l’histoire. C’est ce que les gens veulent entendre de vous.
- Sachez disparaître : si vous voyez que votre galeriste entre dans le « money time » (la négociation serrée), éclipsez-vous discrètement. Allez chercher un café. Laissez-les conclure.
L’après-foire : gérer la frustration ou le succès
Une foire est binaire. Ça passe ou ça casse. Quelle que soit la situation, il est impératif de faire une analyse stratégique avec votre galeriste.
- Scénario A : le « Sold Out ». Tout est vendu. C’est l’euphorie. Attention, c’est là qu’il faut garder la tête froide. La galerie va vous mettre la pression pour produire vite (« il m’en faut d’autres pour la prochaine foire »). Ne sacrifiez pas la qualité à la demande. Une cote qui monte trop vite peut s’effondrer aussi vite.
- Scénario B : rien ne bouge. C’est dur, mais fréquent. Ne blâmez pas immédiatement la galerie. Analysez. Était-ce le bon public ? Le bon prix ? Les bonnes pièces ? Une foire sans vente n’est pas inutile si elle a permis de placer des œuvres dans des collections de musées (qui n’achètent pas sur place mais réservent) ou de rencontrer des critiques.
- Scénario C : pas mal. Vous avez vendu. Mais toutes les œuvres ne sont pas parties. Là encore l’analyse est de mise : quels sont les points à améliorer ?
Le sommet n’est pas la fin du voyage
Exposer en foire internationale est une étape majeure. C’est le signe que vous êtes entré dans le « marché secondaire » potentiel, que votre signature commence à avoir une valeur spéculative et patrimoniale.
Mais attention, c’est un milieu volatile. Les foires font et défont les modes. Pour durer, il faut que cette légitimité de marché soit doublée d’une légitimité institutionnelle (musées, centres d’art) et d’un ancrage dans la réalité (commandes, projets spéciaux).
C’est justement ce que nous explorerons dans nos deux prochains articles. D’abord, comment sortir du marché pur pour aller vers les lieux alternatifs (entreprises, hôtels, architecture), puis comment viser l’éternité avec les institutions et musées.
Passer à l’action demande méthode et outils. C’est pourquoi les stratégies de positionnement sur le marché de l’art, détaillées dans cet article, sont au cœur de nos futurs kits professionnels. Ces accélérateurs, conçus pour les artistes débutants comme confirmés, fourniront des ressources concrètes pour structurer votre communication et piloter votre carrière.
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